L’épuisement professionnel est une pathologie insidieuse, souvent plus visible pour l’entourage que pour la personne qui le vit. Le burn-out ne tombe pas du ciel : il s’installe progressivement, à travers une série de signaux faibles, de mécanismes d’adaptation… puis de rupture. Surinvestissement, déni, perte de repères, isolement, vide intérieur : ces étapes sont bien réelles, même si elles restent souvent inconscientes.
Le psychologue Herbert Freudenberger a décrit les 12 étapes du burn-out pour mieux comprendre comment on passe de l’engagement à l’effondrement. Les identifier, c’est déjà reprendre un peu de lucidité et ouvrir la porte à la prévention. Ces 12 étapes ne sont pas là pour poser une étiquette, mais pour t’aider à mettre des mots sur ce que tu vis — souvent sans t’en rendre compte.
Si tu te reconnais dans l’un ou l’autre de ces signes, consulte un professionnel de santé : docteur, psychologue ou psychiatre. Plus tu prendras en charge le problème tôt, plus vite tu pourras reprendre une vie normale. Même si tu n’en as pas envie, l’arrêt de travail est indispensable pour aller mieux !
Les 12 étapes du burn-out
1 — Réussir à tout prix son objectif professionnel
Si tu es quelqu’un d’investi, tu as probablement à cœur de faire du bon travail. Être impliqué est une qualité recherchée dans le monde du travail. Le problème, c’est quand cela devient une obsession. C’est le point de départ d’un burn-out ou « mort par surmenage professionnel » ou encore karoshi chez nos amis japonais. Tu as un objectif, tu dois à tout prix le réussir et le faire parfaitement. Pour peu que tu n’aies pas une confiance en toi ultra-développée, tu vas à tout prix vouloir faire tes preuves à ta hiérarchie — ou à toi-même. Au début, tu es enthousiaste et tu acceptes avec plaisir beaucoup de nouvelles responsabilités. C’est une phase ascendante.
2— Garder toutes ces tâches sous contrôle
Te voilà à présent avec toutes ces nouvelles responsabilités à gérer. Il n’est pas question de faillir à ta mission. Tu dois impérativement garder le contrôle. Déléguer ou partager tes responsabilités n’est pas à l’ordre du jour. C’est à toi qu’on a demandé de le faire. On te fait confiance, tu ne peux pas décevoir toutes ces personnes qui comptent sur toi. Par conséquent, tu as des attentes excessives envers toi-même et tu n’arrives pas à lâcher-prise sur le travail. Tu commences à regarder tes e-mails le soir et le week-end. Tu éprouves des difficultés à te déconnecter et à gérer ton stress efficacement.
3— Oublier de prendre soin de soi au profit du travail
Forcément, tu commences, via ton perfectionnisme, à te mettre la pression de manière inconsciente. Ton corps t’envoie des signes de stress : ton sommeil devient irrégulier, tu as du mal à t’endormir et tu te réveilles très tôt le matin. Tu zappes la pause déjeuner pour boucler un dossier. Le soir, tu es tellement fatiguée que tu avales un repas tout prêt pas vraiment nourrissant ou de la junk food. Tu entres lentement dans le cercle vicieux. Tu es tellement obnubilée par ton travail et la surcharge que cela représente que tu n’as plus vraiment de temps à consacrer à ta vie sociale. Tu commences clairement à négliger tes besoins personnels.
4 — Fuir les conflits et les besoins dans la sphère professionnelle
Tes niveaux de stress commencent à devenir élevés et les premiers dégâts du stress se font ressentir. Progressivement, ton travail qui te procurait tant d’enthousiasme et de satisfaction commence à t’angoisser. Tes relations avec tes collègues génèrent des sentiments et des comportements qui ne te ressemblent pas. Tu te sens agressée, paniquée et menacée quand un conflit survient. Tu préfères le nier ou l’éviter. Des désaccords internes émergent.
5 — Remettre en cause ou perdre ses valeurs personnelles
Comme tu te sens en danger à ton travail, tu redoubles d’efforts pour maintenir la tête hors de l’eau. Il t’est tout simplement inconcevable de lâcher du lest. Tu négliges de plus en plus ton entourage personnel. Les temps de repos te paraissent superflus, inutiles, du temps perdu. Tu ne veux pas te reposer, tu veux travailler pour accomplir tes objectifs ! Ton travail devient essentiel et tout le reste est relégué au second plan.
C’est souvent à ce moment-là qu’une autre angoisse s’installe en sourdine : celle de ne plus pouvoir continuer comme avant, mais sans avoir les moyens financiers de changer de vie.
6 — Refuser d’accepter la situation d’un point de vue objectif
Ton entourage pointe du doigt ton éventuel surinvestissement dans le travail. Tu nies en bloc. Ta famille, tes amis et tes collègues commencent à t’agacer avec leurs comportements ou leurs questions. Tu deviens de plus en plus irritable, cynique, voire agressive. Tu ne penses pas que cela soit dû à ta tendance à te focaliser uniquement sur ton labeur. Tu ne peux juste pas considérer que cela soit dû à ton changement de vie où tu ignores purement et simplement tes besoins de base.
À ce stade, le système nerveux est souvent bloqué en hypervigilance. Avant même de chercher des solutions mentales ou professionnelles, il peut être utile de réapaiser le corps. Certaines pratiques simples peuvent aider, comme stimuler le nerf vague pour réguler le stress.
7— Se désengager de l’environnement social
Les personnes autour de toi deviennent plus un poids qu’autre chose. Tu n’as quasiment plus de vie sociale, car tu n’en as plus envie ou tu n’en es tout simplement plus capable. Tes niveaux de stress sont en constante augmentation. C’est à ce moment-là que certaines personnes commencent à consommer de l’alcool et/ou des drogues, à doses plus ou moins fortes. Dans tous les cas, tu te replies toujours davantage sur toi-même.
Ce retrait progressif s’accompagne souvent d’un sentiment de décalage profond, comme si plus personne ne pouvait vraiment comprendre ce que tu es en train de traverser. Cette solitude professionnelle est fréquente dans les parcours d’épuisement et de remise en question, même quand on est encore entourée.
8— Adopter des comportements anormaux
Tes proches ont de plus en plus de mal à te reconnaître. Cela les inquiète, et ils t’en parlent. Ils savent que quelque chose ne va pas. Toi, tu es toujours « dans ta bulle » et tu restes sourde à ces appels à ralentir. Tu commences à envisager des scénarios négatifs, envers toi ou les autres. Avoir envie de te casser le bras pour ne plus être obligée d’aller travailler par exemple.
9— Ne plus reconnaître sa valeur, ses besoins
As-tu déjà entendu parler du concept de dépersonnalisation ? Cela se produit lorsque tu ne reconnais plus ton comportement, tes sentiments. Tu as l’impression d’être hors de ton corps et de ton mental. Tu deviens observatrice de ta propre personne. Finalement, tu as l’impression que ni toi ni les autres n’ont de l’importance. Tu ne te rends plus compte de ce dont tu as besoin.
Cette sensation d’être spectatrice de sa propre vie, de ne plus savoir ce qui est important pour soi, fait partie des séquelles possibles du burn-out. Ce n’est pas un défaut, ni un manque de volonté, mais une conséquence fréquente de l’épuisement prolongé.
10— Éprouver uniquement une sensation de vide intérieur
Durant ces 12 étapes du burn-out, tu passes également par une période de vide. Après ce combat intérieur, tu es tout simplement épuisée et à deux doigts de devenir une vraie burn-outée! Cette fatigue intense est renforcée par un sentiment d’inutilité. C’est là que les comportements à risque ont toutes les chances d’apparaître. On cherche à remplir ce vide intérieur pour oublier toutes ces sensations désagréables : excès d’alcool, de drogues, de médicaments. Des troubles de l’alimentation (sur ou sous-alimentation) peuvent également apparaître.
11— Entrer dans la dépression
C’est l’avant-dernière phase avant l’effondrement. Tu te retrouves dans un état dépressif. Tu n’as plus envie de rien. Plus rien n’a d’intérêt. Tu sembles avoir perdu tout espoir en l’avenir. Tu te sens incertaine, perdue, inquiète et abattue. Il est possible que des tendances suicidaires se manifestent.
12— Être officiellement en burn-out
La dernière des 12 étapes du burn-out est la reconnaissance officielle du terme d’épuisement professionnel. Tu t’écroules complètement, sur le plan physique et/ou mental. Cette pathologie se manifeste vraiment différemment selon les personnes. Dans mon cas, cela n’a pas été extrêmement sévère, mais certains individus peuvent se rendre malades au point d’aller jusqu’à l’hospitalisation. Ne prends pas ce risque. Consulte au plus vite un professionnel de santé qui saura t’aider.
« Les gens sont parfois victimes d’incendie, tout comme les immeubles. Sous la tension produite par la vie dans notre monde complexe, leurs ressources internes en viennent à se consommer comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur, même si l’enveloppe externe semble plus ou moins intacte. » L’épuisement professionnel : La brûlure interne — Herbert J. Freudenberger.
Note sur les différents types de burn-out
Tu l’as compris, à son apparition, le burn-out a plutôt été étudié dans un cadre professionnel. Mais ce nouveau trouble psychique n’apparaît pas seulement dans un contexte de travail. En effet, les parents peuvent aussi en être victime et on parlera à ce moment-là de burn-out maternel ou d’épuisement parental. Plus rarement, on entend aussi parlé de burn-out émotionnel. Dans tous les cas, une prise en charge médicale rapide est indispensable pour se remettre le plus vite possible !
Public susceptible de subir un effondrement
Finalement, nous sommes tous plus ou moins à risque de tomber dans le piège de l’épuisement. Les femmes, les personnes exerçant dans des professions très demandeuses physiquement et psychologiquement (infirmières, aides-soignantes, institutrices, professeures des écoles) sont les plus exposées au risque. Les cadres, les chefs d’entreprise, les freelances, les agriculteurs et les professions libérales en règle générale ne sont pas à l’abri. D’où l’importance de mettre en place une stratégie de gestion de stress efficace rapidement !
FAQ
Comment savoir si je suis en burn-out ?
Le burn-out est souvent difficile à identifier soi-même. Beaucoup de personnes se reconnaissent dans plusieurs étapes sans réaliser la gravité de la situation. Si tu te sens épuisée, irritable, déconnectée de toi-même et que ton travail te coûte plus qu’il ne t’apporte, il est important d’en parler à un professionnel de santé.
Est-ce qu’on passe forcément par toutes les étapes du burn-out ?
Non. Les 12 étapes décrivent un processus fréquent, mais chaque parcours est différent. Certaines phases peuvent être plus marquées que d’autres, ou se chevaucher.
Quelle est la première étape du burn-out ?
Souvent, le surinvestissement professionnel et la volonté de réussir à tout prix. C’est une phase qui peut paraître “positive” au début… et qui passe donc totalement inaperçue.
Burn-out ou dépression : quelle différence ?
Le burn-out est lié à une surcharge chronique, souvent professionnelle, tandis que la dépression touche l’ensemble de la vie. Les deux peuvent coexister, et seul un professionnel peut poser un diagnostic.
Peut-on prévenir un burn-out ?
Oui, surtout si l’on repère les signaux tôt : fatigue persistante, perte de plaisir, difficulté à se déconnecter, négation de ses besoins. Agir avant l’effondrement change radicalement la suite.
Les 12 étapes du burn-out, en bref
Le syndrome de l’épuisement professionnel est étudié depuis de nombreuses années. Le psychologue et psychothérapeute Freudenberger a théorisé les 12 étapes du burn-out dans un livre publié en 1980. Aujourd’hui, ce texte est toujours d’actualité, même si d’autres schémas plus ou moins récents ont vu le jour pour comprendre ce phénomène.
Les personnes atteintes de burn-out passent par ces 12 stades successifs :
- Détermination à réussir, à se prouver quelque chose de manière obsessionnelle ;
- Intensification de la charge de travail ;
- Négligence des besoins primaires (sommeil, alimentation, vie sociale) ;
- Rejet des conflits et de ses propres besoins ;
- Confusion entre l’essentiel et le superflu ;
- Déni du changement de comportement ;
- Isolement renforcé, perte de vie sociale ;
- Modification notable du comportement à son encontre, aux autres ;
- Dépersonnalisation ;
- Sensation de vide intérieur ;
- Dépression ;
- Burn-out.
Si tu te reconnais dans plusieurs de ces étapes, la vraie question n’est pas “est-ce que ça va passer”, mais “qu’est-ce que je fais maintenant ?”
Toutes ces étapes sont généralement inconscientes. Heureusement, des solutions existent pour empêcher à temps ou pour se relever de cette épreuve. La relaxation, la méditation et le yoga en font partie. N’attends pas pour prendre soin de toi ! À ce sujet, ma vidéo pour surmonter l’effondrement professionnel pourrait t’aider.
Pour aller encore plus loin, je te propose de découvrir l’épisode de mon podcast Burnout Chillout associé :
Podcast: Play in new window | Download
À très vite ! 🙏
